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Jeudi 8 janvier 2009
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INTERVIEW LAKRY

Présentes toi...
Je suis Lakry, jeune toaster qui essaye de faire de la musique depuis une dizaine d’années. J’ai déjà posé sur des mixtapes pour Gwada, Determan. Je suis martiniquais, mais j’ai fais mes études en Guadeloupe, ce qui m’a permis de me faire des contacts là bas. J’ai commencé avec des potes à l’école, on a fait un club de ragga. On était influencé par Daddy Pleen et Metalsound, au début, je n’étais pas trop influencé par les jamaïcains. Puis je suis venu sur Bordeaux, j’ai rencontré Guerrier, Maylan, Adkwatt, Zion, grâce à qui j’ai commencé à poser des morceaux carré, puis j’ai investi dans un petit home studio, ce qui m’a permis de progresser vis-à-vis de la justesse, l’articulation, les lyrics.

Parles nous de ton street album...
Le titre c’est Lakry « Vin ba yo on gaz », ce qui signifie : Lakry vient les embêtés. Ce titre est à l’image de l’album, il dénonce la politique, les souffrances… il y a quinze titres. J’avais déjà quelques titres qui tournaient sur le net, je me suis dit : « Pourquoi ne pas les regrouper sur un album ? ». Les morceaux n’ont pas été choisis au hasard, il y a une vraie continuité. Le morceau « selecta », c’est pour dire que les sounds systems ce n'est pas un lieu pour se battre, mais pour kiffer la vibe et s’amuser, il faut que ça reste festif. Tu sors deux enceintes dehors, tu fais péter le son, et la vibe passe de suite, c’est ça l’ambiance sound system, pas de prise de tête.

La tape commence par une intro, c’est Dj Imperial qui l’a faite, je l’ai rencontré en faisant la première partie de Straika. Puis le morceau « Selecta » a été enregistré en Martinique avec Konkret D.
« Sé sa ké yo kwé » est un tune pro black. Je ne suis pas raciste, mais les noirs ont trop subi. Certains occidentaux nous limitent aux sports, à la musique, mais on peut faire autre chose, on ne veut pas être pris pour des cons, des sous hommes. On peut aussi faire du reggae dancehall conscient.
« Obligé fé wol mo », ça dénonce l’ambiance qui règne dans le milieu reggae dancehall, on a jamais réussi à faire des projets ensemble, on arrive pas à s’unifier. Je suis donc obligé de faire le mort pour savoir qui est avec moi et qui me crache dessus.
« Oh lady », c’est un titre un peu comique, qui raconte l’histoire d’un gars qui voit sa copine le tromper en boite avec son meilleur pote. Certains pensent que cela m’est arrivé, mais c’est juste sorti de mon imaginaire.
Après c’est « Madinina », parce que c’est là ou je suis né. Il n’y a pas que les plages et les cocotiers, le revers de la médaille existe, par exemple je vois des frères tombés dans le crack et la cocaïne. J’ai vu des gamins grandir et devenir des caïds, les temps ont changé.
« O swé a », c’est un titre pour faire la fête, il y a les djs, les meufs, l’alcool aussi, à consommer avec modération.
Après c’est l’interlude, même si elle peut sembler violente, cela reste une violence musicale. La musique est un moyen d’exprimer sa rage.
« Love nou ka promote », est un titre un peu spécial. Un jour j’ai vu sur « you tube », des créoles faire un clip avec des gunshots, cela m’a marqué. Ce n’est pas ça qu’il faut défendre, on a tous une conscience, et on ne peut pas cautionner la violence. C’est ce qu’explique ce titre.
Le morceau suivant s’appelle « Makrel », mais ce n’est pas une histoire de proxénétisme… Chez nous cela a une autre connotation, c’est quelqu’un qui est curieux, une commère. C’est un texte plutôt drôle, parce que ne peut pas toujours se prendre au sérieux.
« Princesses des îles » est comme son nom l’indique, une dédicace pour les femmes, parce que j’aime les femmes.
« Bondié di mwen », est un texte où je m’adresse à Dieu, et je lui demande pourquoi il y a tout se mal autour de nous, pourquoi des mecs se font péter dans un bus ou un avion. Je ne cautionne pas du tout, mais j’essaye de comprendre leur démarche. Je me place de chaque côté de la barrière.
« Lé fuck up » est un vieux son que j’ai posé avec Dj Psykopat en Martinique. Ce titre est né de ma colère par rapport à ceux qui t’empêche d’avancer, par des jalousies, de l’hypocrisie.
Ensuite c’est un remix de « Obligé fé wol mo » fait par DJ Imperial. Voilà, on a fait le tour des morceaux…

Quels sont tes projets ?
J’ai des projets pour les vacances mais je ne veux pas me porter la poisse en parlant trop, donc on verra. Dans ce milieu les gens parlent beaucoup, j’ai appris à être prudent. Je prépare une compil, « Chivé grenné », mais cela prend du temps, parce que lorsque tu rassembles des gens autour d’un projet, c’est plus compliqué à mettre en place. Je vais d’abord me concentrer sur le promo du street, parce qu’il y a un vrai travail derrière et des gens qui me soutiennent comme Lovy sparks, DJ Imperial. Je vais essayer de faire un maximum de shows pour me faire connaître.

Tu es un artiste qui utilises beaucoup Internet, comment en mesures tu les retombées ?
Je ne sais pas trop… la majorité de mes contacts se sont fait par le net, et la plupart de mes sons sont diffusés sur le net, mais je ne peux pas en mesurer l’impact réel.

Tu mêles le chant et le toast, comment juges tu ton évolution musicale ?
J’ai commencé par chanter dans une chorale, donc je suis un peu resté sur ces bases là, et moi je ne me trouve pas terrible en chant, j’ai encore beaucoup de progrès à faire. La musique il faut que ça reste mélodique, donc je ne peux pas faire que du toaste, j’essaye d’apporter une harmonie à mes chansons, sur du reggae, du zouk… j’essaye de toucher à tout. J’aime le reggae dancehall c’est sur, mais j’aime aussi la soul, le r’n’b, le jazz, le blues, cela me donne de l’inspiration. Quand j’étais petit ma mère écoutait du Natt king Cole, des choses dans ce style, c’est resté. Pour le toast, c’est différent j’essaye d’avoir une originalité, une certaine fraîcheur.

Quel est ton mot de la fin ?
Il faut plus d’unité sur Bordeaux, arrêtons de se tirer dans les pattes parce que sinon personne n’avancera. Et je voudrais dire aussi qu’il faut que le public viennent voir les artistes locaux, il y a plein de monde a Bordeaux, Maylan, Guerrier, Kijah et d’autres, il faut que les massives nous soutiennent pour que l’on évoluent, on est pas obligé d’être à Paris, pour faire les choses carrés.

Ecouter des extraits de l'album de Lakry

Lakry - Oblige fe wol mo :

Lakry - Makrel :


Le street album de Lakry est en vente chez Big Up et Art Tropical.

http://www.myspace.com/lakrykikari

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