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Jeudi 8 janvier 2009
Alseyni Kouyaté dit SeyniAlseyni Kouyaté dit Seyni
les actualites

INTERVIEW DE SEYNI

Présente toi et explique nous ton parcours.

Je m'appelle Alseyni Kuya té, j'ai gardé le nom de Seyni. Je suis issu d'une famille de griot guinéenne, les Kuya té, qui sont connu dans l'Afrique de l'Ouest pour être les number one de la musique. Mais moi, je n'ai pas de pays, comme je l'explique sur l'album "Liberté" dans la chanson "Mon pays", mes grand parents et mes parents pouvaient se dire Guinéen, moi je ne veux pas de frontières. Jadis, il n'y avait pas de frontières, moi je pense que la terre nous appartient, c'est une façon de me revendiquer en tant que citoyen du monde.

Comment es-tu venu à la musique ?

Je suis né avec elle. Ici, quand tu es un enfant on t'offre des jouets. Moi, mon premier jouet était un balafon. En Afrique, les Kuya té sont connu pour être des griots, je n'aime pas ce coté fierté, mais on doit revendiquer notre histoire. La tradition veut qu'un griot chante pour les mariages, les baptêmes...Un griot est un messager. Aujourd'hui on peut comparer ça aux conseillers des ministres. Avant, il y avait des rois, et mon grand-père a chanté pour ces rois, et ils étaient bien moins têtus que ceux qui sont en place aujourd'hui. L'Occident a sa part de responsabilité, car nos chefs d'états font leurs études en Europe. Ils tentent d'appliquer le même schéma en Afrique que dans l'Occident. Dans le titre "Africa", je dis aux africains "réveillez-vous et affranchissez-vous". Lorsque la Guinée a milité pour son indépendance, nous avons dit : "on préfère être libre dans la pauvreté que riche dans l'esclavage". En quelque sorte, je suis un griot moderne, car il n'y a plus de rois. Je dis stop à Lansana Conté (président guinéen) parce qu'il est malade et qu'il ne veut pas laisser le pouvoir.

Quel est ton rapport à la Guinée ?

Quand je vais en Guinée, je me cache, à cause du message contenu dans ma musique. Pourtant ma musique en soi n'est pas une rébellion mais quand tu t'efforces à écouter les paroles, là tu entends les revendications. Je dis stop ! On en a marre ! J'ai vécu dix ans en Côte d'Ivoire avant que ça pète. J'avais déjà prévenu de ce qui allait se passer, pas en chantant, mais en le mimant par la danse. A l'époque, je faisais parti d'une troupe. Pour vous expliquer la situation en Afrique : la population est un grand arbre, et les dirigeants grattent autour des racines, mais l'arbre va finir par tomber.

Tu es venu en France pour ta musique, comment tu as commencé ?

J'ai rencontré Music'action avec qui le courant est très bien passé. A l'époque, ils n'étaient pas aussi connus. Quand je vois ce qu'ils font aujourd'hui, ça me fait vraiment plaisir, et je suis très fier. C'est grâce à eux que j'ai pu jouer à travers le Monde, avec Rootsaba et maintenant avec Yeliba. Il y a eu la belle époque du Jimmy's aussi, maintenant il n'y a plus d'endroit comme ça.

Avec quels artistes as-tu chanté ?

Je suis très ouvert, je chante avec tout le monde. J'ai chanté avec Manu Dibango, Touré Kunda, Mory Kanté, Salifou Keita, et j'ai aussi chanté avec un petit groupe de rap bordelais et Pascal Feindouno.

Quels sont tes projets ?

Après cet album, on va préparer un album studio, sur lequel on compte inviter d'autres artistes. Je veux inviter des frères jamaïcains. J'ai fait beaucoup de première partie, Aswad, Culture, Burning Spear, Les Wailers...Ils m'ont toujours dit de continuer à faire ce que je faisais sans rien changer car ils ressentaient la vibe africaine dans ma musique. Durant la tournée avec Toots, lorsque je chantais, je le voyais danser en coulisse, il se défoulait sur ma musique... Je mélange le coté traditionnel, au reggae moderne.

Que penses tu de la scène reggae actuelle ?

Au niveau national, ils ne veulent pas voir la réalité, ils ne pensent qu'à l'argent. Quand tu signes sur un gros label, ils essayent de te faire changer ta vision de la musique.
Quant aux artistes, je les aimais avant qu'ils ne signent sur des majors. Maintenant, ils se sont faits "bouffer" par le système. A Bordeaux, c'est pareil, le climat est malsain. Les artistes veulent faire des millions, mais ils sont trop pressés. Les organismes ayant de l'argent n'investissent pas dans la scène locale, alors qu'ils ont les moyens de nous faire évoluer. Music'action n'a pas beaucoup de subventions, et ils arrivent à faire de grandes choses, alors pourquoi les grosses boîtes ne nous aident pas?

Quels sont tes artistes préférés ?

J'aime les Wailers, même si c'est un classique. Sinon, j'aime bien Groundation, surtout la voix du chanteur. D'ailleurs, je vais faire leur première partie au Bataclan.

Merci à Musicaction pour la réalisation de l'interview.

Article sur l'album de Seyni & Yeliba "Liberté" :
www.reggae-bordeaux.com/Seyni-Yeliba-Liberte-a21.php


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