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Jeudi 8 janvier 2009
JahwiseJahwiseInterview de JahwiseBruno aux percusBruno aux percus
les actualites

INTERVIEW DE JAHWISE

Jahwise est un artiste rasta franco-congolais engagé qui a passé son enfance à Brazzaville. De retour en France, il se passionne pour la musique et commence à se produire dans des sounds-systems parisiens puis il forme son propre groupe pour les scènes live.
Il chante en patois congolais et nous fait la démonstration de ses talents de toaster. Il aborde des thèmes tels que les injustices politiques, la corruption, la pauvreté de son pays natal avec des lyrics engagés contre Babylone.

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Jahwise - Babylone Faya (3Mo, format mp3)

INTERVIEW

Tu écris des lyrics engagés, quels sont les fléaus que tu veux combattre?

Je lutte contre les injustices en Afrique, contre la dictature et la corruption, la guerre, la pollution. Je veux faire passer le message en Afrique pour que les choses évoluent, en Côte d'Ivoire, au Bénin, au Togo, au Congo... Je milite aussi pour l'unité africaine, il est temps de le faire. Je chante également pour les femmes et les enfants qui sont martyrisés, maltraités.

Tu t'es fait tiré dessus au Congo à cause de ton engagement, est ce que tu y es retourné depuis?
Non, pas pour l'instant. La situation est tendue, mais je compte quand même y retourner. Mes proches qui sont là bas me disent de me mefier. Je me suis fait tirer dessus à Brazzaville par les militaires du président Sassou. La censure est omniprésente là bas, et quand j' y suis allé, on a essayer de me faire taire. Mais j'étais obligé de dénoncer la situation. Certains medias ont dit que c'était suicidaire de ma part, mais moi je trouve que c'est normal, c'est de l'assistance à personnes en danger. J'ai vu des militaires dépouillés les gens, violés les femmes, sous pretexte qu'ils ne sont pas payés par le gouvernement, et ça personne n'en parle. Les gens ont peur et ne parlent pas. Le président Sassou est arrivé au pouvoir par un coup d'état soutenu par Chirac, l'ancien président est en fuite et le Congo est en ruine. Quand je me suis fait tirer dessus, je sortais de Radio Liberté. On avait parlé d'un de mes titres qui s'apelle "La politique du perroquet", où je critique le pouvoir en place,. Les textes sont donc assez mal passés, et malgré le fait qu'ils appréciaient mon travail, la peur des répression les a obligés a me censurer. Mais j'ai quand même été diffusé a la télé, là bas aussi on a voulu me censuré, mais ils se sont rendu compte que mon franc parler faisait de l'audimat, on m'a donc rappelé plusieurs fois. Mon pays s'apelle La République Démocratique du Congo, mais la démocratie n'existe pas.

Tu mêles le patois congolais au français, un peu à la manière des antillais avec le créole, est ce pour toi un moyen de te différencier?
Tout a fait, c'est aussi pour faire découvrir au gens ma culture, et la langue mounoukoutouba. Ce dialecte est peu utilisé, au Congo il y a de nombreuses langues, chaque ethnie a son dialecte.

Tu as pour modèle politique Marcus Garvey et Patrice Lumumba, penses tu qu'il y ai aujourd'hui des personnes capable d'être des leaders comme eux l'ont été?
On a toujours espoir, c'est ce que le peuple attend, le fils de Patrice Lumumba devrait se présenter aux prochaines élections, on verra bien.

Tu poses souvent sur des riddims dancehall alors que les artistes africains utilisent plutôt le roots et la musique traditionnelle. Ils rejettent le dancehall à cause de son image "bling bling et slackness", pourquoi ce choix?
Pour moi, la musique est une arme. Il y a différents styles de dancehall, on peut faire du dancehall conscient comme Sizzla, Anthony B ou Capleton... Mais il y a aussi d'autres artistes qui dénigrent les femmes et ne parlent que de sexe, comme Elephant man. J'ai voulu faire quelque chose de nouveau en intégrant le patois africain dans le dancehall tout en gardant des lyrics conscientes. J'essaye de faire evoluer la musique.

Pourquoi avoir choisi de t'installer à Bordeaux?
Moi je suis de partout, je me considère comme un citoyen du monde, je suis universel. Je suis issu du métissage. Tout le monde est issu du métissage, seulement, certains l'ont oublié, pourtant nous sommes tous originaires d' Afrique. Il est important de ne pas oublier ces racines, il faut les transmettre aux futures générations. A la base, il y avait un homme et une femme, nous sommes donc tous des frères. Le métissage c'est l'avenir. Le racisme n'est que le fruit de l'ignorance.

Que penses tu de la scène reggae africaine?
Il y a plein de bons artistes, il y a une réelle progression. J'essaye d'aider les artistes qui sont en Afrique pour qu'ils se developpent. Le problème, c'est qu'il y a un manque de moyen. Les maisons de disque ne veulent pas investir en Afrique, parce qu' ils veulent du sexe et de l'argent, pas des messages engagés.

Quels sont tes projets?
Tout d'abord faire la promotion de mon album "Désamorcer". Il y a également quatre compilations qui vont sortir sur lesquelles j'ai posé, l'une contre les enfants soldats, une autre contre Sarkozy "Sarko fi dead", une autre aussi où je parle de ma foi en Jah car les gens ne savent pas vraiment ce que cela veut dire être rasta. Pour moi ce n'est pas une religion, tu peux être rasta et prier avec un boudhiste, c'est un état d'esprit positif. Je vais aussi sortir d'autres albums, mais je ne mélangerai pas le roots et le dancehall, je ferai un album roots, et un autre dancehall.

Tu ne tombes pas dans le piège de la propagande rasta en invoquant Selassie dans tout tes morceaux...
Non, chaque titre aborde un thème, il ne faut pas tout mélanger. Si je veut parler de Selassie, je fais un titre pour ça. Après, il y a tellement de choses à dire que l'on ne peut parler exclusivement de cela.

Peux tu nous parler de la formation qui t'accompagne en live?
Il y a Vince le bassiste, deux guitaristes Nico et Alex, Yann le batteur. J'ai également trois choristes, Pat, Christelle et Christine. Une section cuivre avec Vince et Adams, et Bruno aux percus.

Quel est ton meilleur souvenir en live ?
C'était à Arcachon lors d'un marché africain. Les gens connaissaient mes titres par coeur, comme "Justice" où tout le public s'est mis à chanter avec moi, j'étais super content. J'étais ému, cela m'a redonné la force de continuer. Lorsque j'ai fait la première partie de Willie Williams et Michael Prophet, ils ont aimé ce que je faisais, on a bien discuté, ils m'ont aussi invité en Jamaïque.

Quelles sont tes influences?
Le folklore africain, et le reggae. Mon arrière grand mère était rasta, comme ma grand mère et ma mère, j'ai donc toujours baigné dans cette culture. Mes oncles écoutaient Bob Marley, Bunny Wailer, Burning Spear, Jacob Miller... J'aime les artistes culturels comme Rafa Bounzéki, Black Somane. J'aime pas trop le dombolo, parce que l'on ne peut pas toujours parler de sexe. Quand tu vois tes frères martyrisés, tu dois dénoncer cela. J'aime bien le jazz, la soul, le hip hop, le r'n'b... il y a de bonnes choses à prendre dans toutes les musiques.

Quels sont tes artistes reggae favoris?
Il y en a une tonne. Par exemple, Peter Tosh, Burning Spear, Bob Marley, Alpha Blondy, Sizzla, Anthony B, Capleton, Jah Mason, Junior Kelly, Gentleman, Culture... et beaucoup d'autres.

Quel est ton message pour les massives?
Achetez l'album "Désamorcer", en Afrique, les gens attendent qu'il y ait des répercussions en France. Il faut que le message soit diffusé un maximum. Il faudrait aussi qu'il y ait une unité dans le reggae, il faut arrêter les divisions, les gens sont éparpillés. Plus de producteurs pour les artistes qui n'ont pas de moyens. Et enfin, je demande a tout le monde de soutenir l' Afrique, il y a des gens qui meurent au moment où je vous parle.

Le site de Jahwise : www.jahwise.new.fr

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