Riche d'une carrière de plus de 35 ans, jalonnée par une quarantaine d'albums, Burning Spear est sans conteste l'une des plus grandes légendes du reggae. Dimanche 28 mai, il était à Bordeaux pour ce qui est peut être sa dernière tournée européenne. Nous n'avons donc pas manqué l'occasion de le rencontrer.
Voir les photos du concert à la Médoquine le 28 mai.Quelles sont tes influences ?Ce sont des influences naturelles. Au début, je sentais les vibrations de la musique en moi. J'avais un feeling plutôt R'n'B. J'ai voulu extériorisé ce que je ressentais avec la musique, je l'ai fait en 1969 quand j'ai chanté ma première chanson. J'écoutais beaucoup de musique afro-américaine, et de la musique jamaïcaine.
Sur tes 2 derniers albums tu as travaillé avec des musiciens bien connu tel Horsemouth, et tu as enregistrés pour "Harry J's" (ou avait été enregistré l'album "dry and heavy" en 1977), est ce un retour aux sources ?Pour moi, ce n'était pas un retour aux sources, car je n'ai jamais quitté mes racines. Partout où je vais, elles sont avec moi, et dans tout ce que je fais elles sont avec moi. Des fois tu travailles dans un studio, et des fois dans un autre. Quand je suis retourné chez "Harry J's", j'ai fait l'album "freeman", j'ai travaillé avec des musiciens avec qui je voulais travailler depuis longtemps, comme Leroy Wallace "Horsemouth".
Quelle était la vibe lors de l'enregistrement du dernier album ?La vibe était bonne. On était comme une famille dans le studio, la vibe était forte. On fait les arrangements et tout ça. On réfléchi sur de nouvelles idées avec les musiciens. C'est plus "fun" quand l'ambiance est bonne dans le studio.
Tu as toujours chanté les mêmes messages...Je ne change pas mon message, parce que je crois toujours en celui ci. Quand les gens t'écoutent, c'est aussi parce qu'il se retrouve dans ton message. Si tu le changes, tu risques de créer de la confusion dans leurs esprits. Les gens se demanderont pourquoi j'ai changé, ils veulent que je garde le même chemin. Je suis un messager musical, car les mots et la musique sont imbriqués l'un dans l'autre.
Penses tu que le message d'une chanson, peut changer les choses ?La musique peut faire changer les personnes. C'était déjà le cas avant que je commence ma carrière. Cela peut permettre de comprendre en profondeur les choses les plus importantes dans la vie. J'ai écris de nombreuses chansons qui ont influencées les gens, qui leur ont fait voir les choses différemment.
Pour toi, quelles ont été les chansons qui t'ont marquées en ce sens ?J'ai écouté plein de musiques, jazz, blues, pop, rock, funk... la musique africaine. C'est important pour un musicien ou un chanteur d'écouter différentes musiques, cela permet de varier les influences et de les mêler à ta propre musique. Le fait de s'ouvrir à d'autres sons te donne encore plus d'inspirations.
Beaucoup de tes textes sont dédiés à Marcus Garvey, parles nous de l'importance qu'il à pour toi...C'est un descendant d'africain qui est revenu prêcher la bonne parole en jamaïquain. Il a vécu aux états unis pour le business, et il travaillait dur. Il a lutté pour les droits sociaux et de meilleures conditions de vie. Il a eu une grande influence sur le peuple car il lui a ouvert les yeux. Le peuple était opprimé et Marcus Garvey le poussa à se battre pour ses droits. Quand au rapatriement vers la terre d'Afrique, c'est autre chose. Aujourd'hui, nous sommes rapatriés car cela dépend de la façon dont tu vies, les choses que tu fais, la manière dont tu penses, et non de l'endroit ou tu vies. Ce n'est pas quelque chose de physique, tout est dans l'éducation, le savoir, ça c'est le rapatriement.
Quelle est ta méthode pour écrire les paroles ?Il faut que je me mette en condition. Il faut d'abord avoir une mélodie et après tu peux mettre des paroles dessus. L'inspiration frappe à ta porte au hasard, ça vient comme ça. Les textes sont comme des histoires, il faut donc qu'il y ait un début, un milieu, et une fin.
Tu ne fais pas beaucoup de duos, tu préfères chanter seul ?Quand j'ai débuté, j'ai fait mon truc tout seul. Après, je ne sais pas, les choses se sont faites ainsi. Maintenant, je n'ai pas vraiment le temps, car je produis aussi. Pour faire un duo, je dois bien connaître la personne, et voir si son feeling me correspond. A partir de la on peut voir, ce que l'on peut faire ensemble. Je reste ouvert, mais il faut que cela est un sens, et là je peux dire oui.
Tu chantes, tu manages et tu produis, quels sont les avantages et les inconvénients de cette situation ?Je préfère tout faire moi même. Il y a des hauts et des bas quand tu travailles pour une maison de disque, beaucoup de personnes travaillent autour de toi, et tu dois travailler pour eux, tu as des obligations. J'ai souvent eu des problèmes avec les majors, il ne me traitait pas bien, et il ne me payait pas assez. Quand tu veux te plaindre, c'est mal vu, il m'ont pris pour un idiot. J'ai encore des soucis avec eux, car je leur ai donné mon disque pour qu'il le distribue, et je n'ai toujours pas été payé. C'est ça le bizness et je me dois de dénoncer cette façon de faire. Aujourd'hui je me sens plus libre, plus à l'aise.
Tu es dans le milieu depuis longtemps et tu multiplies tes activités, tu n’es pas fatigué ?Pour être honnête je ne suis jamais fatigué d'enregistrer. Par contre, faire une tournée, c'est beaucoup plus éprouvant. C'est peut être ma dernière tournée européenne, et pourtant, j'aimerais revenir. Mais faire une tournée de plusieurs mois est très difficile.
Quels ont été les faits marquants de ta carrière ?La première fois que je suis allé en Afrique m'a vraiment marqué. Le fait de chanter à travers le monde, et de rencontrer des gens différents, de parler avec eux me donne beaucoup de plaisir. Mais le moment le plus fort, c'est lorsque je suis allé en Afrique du sud, j' y ai trouvé énormément d'inspiration. J'ai d'ailleurs écrit une chanson à propos de Nelson Mandela. Je peux aussi citer, la première fois que je suis venu en France, car l'accueil du public a été formidable. Ici, les fans écoutaient mes chansons depuis longtemps, j'en garde un souvenir énorme.
Si tu pouvais revenir dans le temps, que changerais tu ?Je changerais la façon dont je me suis comporté quand j'étais jeune, car je n'étais pas assez ouvert aux autres.
Cite nous des qualités que tu apprécies...J'aime l'honnêteté, la politesse, et j'aime les vibrations positives.
Que penses tu de la nouvelle vague dancehall ?Tous les artistes font de bons albums. Après ce n'est pas vraiment ce que j'écoute ou ceux que j'aime. Cela ne sert a rien d'écouter la musique que l'on aime pas. Des gens écoute Burning Spear, mais il n'aime pas vraiment Burning Spear, et ils ne viennent pas me le dire en face. Je suis chanteur et musiciens, je ne peux pas critiquer ce que font les autres. Chacun fait ce qu'il fait.
Quels albums écoutes tu en ce moment ?Pour être honnête, je n'achète pas vraiment de musique. J'écoute les vieux disques que j'écoutais quand j'étais jeune, cela me rappelle des souvenirs. Mais je n'achète pas de nouveautés, ma femme par contre adore acheter les dernières sorties.
Parle nous de ta participation au film "Rockers" ?Ca fait bien longtemps, et j'ai joué un petit rôle. C'était un bon film pour l'époque, et il devrait y avoir un "Rockers 2". Mais je ne sais pas si j'y participerais de nouveau.
Connais tu des artistes de reggae français ?J'ai écouté plusieurs artistes qui venaient de France dont je ne me souviens plus des noms. J'ai rencontré Pierpoljak, avant qu'il soit connu car son batteur était Leroy Wallace. J'aimais bien sa musique, maintenant je ne sais pas ce qu'il fait. J'entends beaucoup de jeunes groupes ou deejays français, et ils sont dans le coup. Le reggae doit s'étendre et suivre différents chemins, c'est bien qu'il ne vienne pas toujours de Jamaïque.
En dehors de la musique, tu as d'autres occupations ?J'aime faire des exercices, du fitness. Sinon, j'aime bien nager, et courir, mais là, je me suis fait mal à la jambe il y a quelques jours. J'ai beaucoup joué au football aussi, mais maintenant je ne peux plus trop en faire. Des fois je fume, mais je vieillis et il faut que je pense à ma santé. Il y a des choses que l'on ne peut pas le faire toute sa vie. Cela dit, j'aime vraiment le sport.
Quels sont tes projets ?Je veux que les gens sachent que j'écris ma propre histoire, celle de ma vie. J'arrive à un moment où je regarde derrière moi, je veux laisser ma trace sans qu'elle soit déformée, c'est pour ça que je l'écris moi même. On prépare aussi une vidéo, après je repartirais en studio, et un nouvel album sortira peut être en 2007.
Merci à Musiques de Nuit et à Nocturne pour la réalisation de l'interview.
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