Lors du Léoska festival, nous avons eu la chance et l'honneur de rencontrer Alton Ellis, un grand Monsieur de la musique jamaïcaine, avant son concert en compagnie d'ASPO. Nous avons eu affaire à un homme simple, très souriant et disponible, puisque l'interview à durée plus d’une heure, mais aussi attentionné puisqu'il veillait en permanence à ce qu'on ne décroche pas un peu (la barrière de la langue quoi!). Jamais à court de petites anecdotes croustillantes qu'il aime tant raconter, il a retracé son parcours, avec dans ses yeux la lueur d'un gamin vivant un rêve qui se perpétue.
Alton Ellis est considéré en Jamaïque comme étant le plus grand chanteur de « soul » que le pays est connu, jusqu’à ce que Bob Marley se révèle. Ellis a commencé sa carrière durant la période Ska, mais c’est au cours de la période Rocksteady qu’il s’est réellement démarqué. Ellis sort quelques hits majeurs, "Muriel" et" Dance crasher", puis l’année suivante, il réalise ce qui est considéré comme étant le premier titre Rocksteady, "Get ready- Rock Steady". Son rythme innovant naquit lors d’une session ou le bassiste n’était pas présent, obligeant Jackie Mittoo à jouer la ligne de basse lui-même. La main gauche de Mitoo ne pouvant pas suivre le rythme effréné du Ska, il adapta donc un rythme plus lent. Il eut d’autres grands succès en 1966, incluant « Cry tough » et « Girl i’ve got a date », qui devint son plus grand hit. Cependant, il ne recevait toujours pas de réelles compensations financières pour ses succès. Déçu, il alla au USA et au Canada, puis en Angleterre à partir de 1973 de manière fixe.
En Angleterre, Ellis créa son propre label, « Alltone », qui est destiné à la réalisation de nouveaux enregistrements et à la sortie de compils de ses premiers hits. Il fit un retour triomphant en Jamaïque au Reggae Sunsplash de 1983 et 1985, et enregistra un nouveau single, "Man from studio one", pour Dodd en 1991.
TELECHARGEMENTEn exclusivité ASPO nous a laissé quelques echantillons enregistrés lors de leur première rencontre avec Alton Ellis.
Ain't that lovin' youI'm still in love with youMy willow treeINTERVIEW ALTON ELLISParles nous un peu de ta carrière qui débuta lors de la période ska ?Ma carrière a commencé avant que je sorte mes disques. J'ai débuté grâce à un programme appelé "oportunity hour", tout le monde pouvait participer au concours, dont le premier prix était un pound, c'était à peu près en 1953. J'ai commencé par danser, ce n'est que deux ans après que j'ai changé pour le chant. Avec un ami, on a monté un groupe afin de jouer sur scène, et le succès est venu grâce au titre "Muriel". C'est un ami qui m'avait donné les paroles, sous la forme d'un poème, je n'avais plus qu'à mettre la mélodie sur ces mots. A cette époque, je n'avais pas encore vingt ans, c'était les débuts de l'industrie du disque en Jamaïque. Coxsone a commencé à enregistrer des dubplates pour les sounds systems. Quand tu achètes un disque d'un artiste américain, il y a plusieurs exemplaires et ce sont tous les mêmes, là, il n'y avait qu'une version, dont lui même avait l'exclusivité, donc personne ne pouvait jouer ce que Coxsone jouait. Maintenant que la compétition était lancée, Coxsone voulu faire ces propres disques pour le public. C'était en 1956, et j'ai chanté dessus. C'est grâce au titre Muriel qu'il a pu financer la production et se développer. Ce qui a donné naissance au ska, c'est venu de la musique soul et r'n'b américaine sur laquelle on dansait, on a changé la ligne de basse, et le piano. J'ai continué à enregistrer quelques titres pour Coxsone, puis je suis parti car les conditions ne me convenaient pas. J'ai commencé à travailler dans la rue, et à chercher ce que je pouvais faire. J'avais un ami qui travaillait dans une imprimerie, et j'ai pu y entrer moi aussi. J'avais un petit salaire, mais j'étais heureux de progresser. Je continuais à chanter dans mon coin, notamment grâce à Joe Higgs qui m'a toujours encouragé. On a créé un nouveau groupe, et on a gagné un prix important qui nous a permis de chanter sur un plateau de télévision aux USA, dans l'émission d'Ed Sullivan. Mais on n’était pas professionnels et on a fini par se séparer, moi je voulais revenir dans le bizness.
Tu es considéré comme l'un des pères fondateurs du rocksteady, comment est il né ?Studio One et Treasure island sont nés, c'était l'époque des groupes à harmonie avec deux ou trois chanteurs. Il y a deux gars qui s'intéressaient à ce que je faisais, donc on a commencé à écrire des chansons. On a enregistré "dance crasher" and "The Preacher" chez Tresure Island, un tune qui à très bien marché. Puis il y a eu "Cry tough", tout ça donna naissance au rocksteady, et pendant que Bob Marley chantait du ska chez Studio One, je faisais naître le rocksteady chez Treasure Island. C'était nouveau, la ligne de basse était différente du ska. J'ai écrit "Ain't than lovin' you" et "Willow tree" dans cette période. Coxsone était furieux car j'étais l'artiste du moment, et je travaillais chez son concurrent direct alors que j'avais débuté avec lui. Tout ceux qui voulaient chanter et enregistrer allaient chez Studio One puis chez Treasure Island, mais quand j'ai commencé à avoir du succès la tendance s'est inversée, et les artistes venaient d'abord chez Treasure Island. Coxsone m'a proposé en 1967 de rejoindre Studio One, afin de faire une tournée en Angleterre, qui allait influencer beaucoup de gens là-bas. Puis il m'a fait signer un contrat pour produire un album, qui reste comme l'un des plus grands albums de la musique Jamaïcaine "Alton Ellis sings rock and soul", avec des titres comme "I 'm still in love", ou "I'm just a guy". Coxsone était obsédé par l'argent, il se foutait pas mal des artistes qui parfois n'étaient même pas payés.
Comment s'est passée la rencontre et la collaboration avec ASPO ?C'est une grande expérience pour moi, j'ai toujours espéré que cette musique devienne international, Bob Marley a permis a la musique jamaïcaine d'exploser aux quatre coins de la planète, le feeling est passé. Quand j'ai rencontré ASPO, ce fut pour moi comme la réalisation d'un rêve parce que je joue avec des groupes blancs, ça change des groupes de Trenchtown, et ces petits groupes sont de "wicked musicians". De jouer avec des groupes blancs ça me rend plus heureux que de jouer avec mes frères noirs, c'est différent. Des fois les "bands" jamaïcains font des fausses notes, et alors je les chambre en leur disant que les "white bands" jouent mieux qu'eux. Il m'arrive d'écouter de la musique que je crois venir de Trenchtown, mais se sont des allemands ou des japonais qui la joue... c'est bien qu'il y ai des groupes de toutes les couleurs qui jouent du reggae. C'était une prière qui est devenue réalité et je suis reconnaissant envers Dieu pour ça.
Que penses tu de la scène jamaïcaine actuelle ?Ce qui me plait c'est qu'il continue d'avancer, d'inventer des nouvelles choses, il n'y a que la calypso qui n'a pas changée depuis cinquante ans. En même temps, cette évolution n'empêche pas le rocksteady de continuer sa route comme le fait Ken Boothe ou The Heptones. Aujourd'hui, les rythmiques sont plus appuyées, même si elles restent lentes.
Tu as toujours été opposé à la violence notamment dans les sound systems, que penses tu du dancehall aujourd'hui ?Je ne vois en quoi ça peut être bénéfique de jouer les "rude boys", cela donne une mauvaise image du reggae, certains tirent en l'air avec leurs flingues pendant les soirées, donc les gens ne viennent plus en Jamaïque, et les gens préfèrent écouter la musique tranquillement chez eux. J'ai souvent fait des chansons contre les "bad boys", donc je ne peux pas approuver la violence, même si ce n'est qu'une conséquence de la misère, il y a d'autres moyens de faire. On ne peut pas cautionner ça !
Quels sont tes projets ?Je n'écris plus trop de chansons, je me concentre sur la production, notamment des rééditions de mes vieux titres. Je produis aussi mes enfants, deux filles et quatre garçons, ça me rend très fier car ils chantent vraiment bien. Parfois, il m'accompagne sur scène, maintenant je mets toutes mes compétences et mon temps à leurs services pour qu'ils puissent avancer.
Discographie1966 - Sings Rock & Soul - Studio One
1967 - Mr soul of Jamaica - Treasure island
1970 - Sunday Coming - Studio One
1970 - Sunday coming - Studio one/Réedition Heartbeat
1977 - Soul Groover - Trojan
1977 - Still in love - Horse
1979 - Love To Share - Third World
1980 - Showcase - Studio One
1983 - Day dreaming - Silver camel
1984 - 25th Silver Jubilee - Sky Note
1984 - 25th Jubilee Volume 2 - Sky Note
1985 - Continuation - All Tone
1988 - Here I Am - Angella Records
1989 - Sets a better example - Halfway Tree
198? - Slummin - Abraham
1990 - My Time Is Right - Trojan
1991 - Man from studio one - All tone
1995 - Sunday Coming reissue - Heartbeat
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