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Jeudi 8 janvier 2009
Anthony B au Sun SkaAnthony B au Sun Ska
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INTERVIEW ANTHONY B

Quelle fut ta sensation sur scène ce soir?
C'était vraiment très bien, le public a bien ressenti la vibe.

Après plusieurs années de tournée et d'enregistrement, qu'est ce qui fait que ta passion reste intacte?
J'évolue avec mon temps, j'essaye de transmettre ma musique aux générations futures. J'essaye de donner ma contribution à la musique, en créant mon propre style, comme Burning Spear l'a fait.

Dans tes chansons tu parles souvent de problèmes politiques, que penses tu de la situation en Jamaïque aujourd'hui?
En Jamaïque, la frustration est générale, et pourtant, c'est un petit pays. Quand je viens en France, je vois que les gens souffrent aussi. Mais ça, il ne le montre pas a la télévision. Ils nous donnent une image bien lisse, et donc lorsque l'on vient en France, on ne pense pas que la misère existe, mais elle est là, aux coins des rues. C'est pareil en Italie, en Angleterre ou aux Etats-Unis... Tout ça a cause des politiciens, car ils ont besoin du peuple pour être élu, mais une fois au pouvoir, ils laissent tomber le peuple. Ils font des promesses qu'ils ne tiennent pas. Je veux que les gens ouvrent les yeux et libère leur conscience, et c'est pour ça que je dénonce la mauvaise politique dans mes chansons. Je fais passer mes opinions à travers ma musique afin qu'un maximum de personnes l’entende. Je ne veux pas imposer ma culture car chaque pays a la sienne, mais c'est en partageant que l'on peut évoluer. On peut partager les mêmes valeurs quelle que soit notre communauté.

Pour toi, le "rastafarisme" est il une religion ou une philosophie?
C'est une façon de vivre, un état d'esprit... tu n'as pas besoin de porter des dreadlocks pour ressentir cette culture.

Tu as souvent chanté des textes contre la violence, que penses tu de la situation actuelle dans le monde?
On vit dans une période très tourmentée. Il est difficile de comprendre la politique. La clé pour combattre la violence, c'est la tolérance. J'essaye de transmettre des messages positifs pour les futures générations. Le temps passe, mais les choses ne changent pas vraiment. Il y a quelques années, je chantais des textes plus négatifs parce que j'étais entouré de choses négatives, c'est un cercle dans lequel tu peux t'enfermer.

Tu es souvent venu en France, as tu des connections avec des artistes de la scène française?
Je suis ouvert, il y a beaucoup de bons chanteurs qui veulent que je chante sur leur album... j'ai notamment chanté avec Tiken Jah Fakoly. Bob Marley a travaillé dur pour que le reggae devienne international. C'est une bonne chose qu'il y ai des Dj français, ils peuvent transmettre les messages plus facilement grâce à la langue.

Tu es l'un des précurseurs du nu roots, que penses tu de son évolution?
C'est bien que la musique évolue avec son temps. Les jeunes écoutent du reggae de plus en plus tôt, ils y intègrent d'autres influences musicales, comme le hip hop. C'est une musique énergique qui a aussi pour vocation de transmettre un message. On doit partir des fondations du roots et y ajouter quelque chose de neuf. Il faut créer en permanence tout en gardant l'inspiration du roots.

Dans l'industrie du disque, certains producteurs profitent des artistes rastas, as tu déjà eu affaire avec ce genre de personnes?
C'est une tradition dans le reggae de voler les artistes. Les rastas sont parfois trop naïfs. On s'explique le système les uns aux autres pour éviter de faire les mêmes erreurs. Certains signent des contrats à la hâte, parce qu'ils ont besoin d'argent, et ils se retrouvent piégés. Maintenant, les nouvelles générations sont plus méfiantes car elles ont été informées.

Ton dernier album "Black star" a été produit par Frenchie, peut tu nous expliquer ton choix, et nous dire si il y a des différences entre le fait de travailler avec des jamaïcains ou des européens?
Il n'y a aucune différence justement. Frenchie connaît bien le reggae music et en plus il aime mon travail. Il s'investit plus du fait qu'il aime l'artiste et son projet. Cela ne sert à rien de travailler avec tel ou tel producteur pour de l'argent, il faut qu'il y ai une vibe un feeling entre les deux. Par exemple, quand j'ai voulu faire un titre sur la mondialisation, Frenchie a de suite compris ce que je voulais, alors que les producteurs qui ne cherchent que l'argent se foutent de la mondialisation.

Qu'est ce que tu ramènes de France dans tes bagages?
Des fringues... (rires). Quand tu grandi en Jamaïque, tu as une certaine image de la France, celle que te véhicule les médias. Il y a la mode, les frites, et le "french kiss"... (rire). Dans les films noir et blanc, quand tu vois les gens à Paris, ils sont tous heureux. Donc en Jamaïque les gens ont gardés cette image de la France.

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