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Jeudi 8 janvier 2009
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INTERVIEW ADMIRAL T

Enregistrée le samedi 9 décembre 2007 au 4 Sans.

Comment expliques tu ton succès en live, te considères tu avant tout comme un artiste de scène ?
J’ai commencé par les sounds system je suis donc née artistiquement grâce à la scène, à la base, c’est vraiment mon truc. A chaque tournée, le spectacle est différent, il évolue, donc les gens qui m’ont déjà vu sur scène peuvent revenir me voir car ils verront autre chose. Cela fait pas mal d’année que je suis là, et j’ai un public fidèle, qui respecte l’artiste, et l’homme que je suis.

Sur cette tournée, Bordeaux est la date de province où il y a le plus de spectateurs… Pourtant tu es déjà venu dans notre ville plusieurs fois, mais le public revient toujours aussi nombreux. Quelle image as-tu de cette ville ?
Pour moi, après Paris, Bordeaux est la date la plus importante, car c’est un peu une capitale. Il y a un bon public qui me soutient. Même si c’est aussi le cas dans les autres villes, ici j’ai plus l’opportunité de faire des grandes salles. L’année dernière, on avait prévu une date à Bordeaux, mais comme on avait eu un problème avec le tourneur qui ne nous avait pas payé la date du Zénith à Paris, nous avions du annuler la tournée. Je tenais particulièrement revenir ici, car je ne conçois pas faire une tournée sans venir à Bordeaux.

Te considères-tu comme un fer de lance du reggae francophone, et quelles relations entretiens tu avec les autres artistes de ce milieu? Est-ce que ton succès entraîne certaines jalousies ?
Non pas vraiment, j’ai gardé la même équipe. Je connais beaucoup de monde dans le milieu comme j’y suis depuis un petit moment. Il y a des artistes que j’ai vu grandir. Avec ma vie de famille, et ma vie professionnelle je n’ai pas trop le temps de me disperser.

Peux-tu nous parler de ta relation avec Saik ?
Certains disent que c’est le poulain d’Admiral T, mais moi je ne le considère pas comme ça. Saik habitait juste à coté de chez moi, un jour il est venu me voir en me disant qu’il appréciait ce que je faisais, qu‘il voulait chanter avec moi, il devait avoir douze ans à l’époque. Je lui ai demandé qu’il me fasse écouter ce qu’il faisait et on verrait ensuite. A cette période, j’avais un titre rapide qui marchait bien, et je devais faire un show dans quelques jours. Je lui ai proposé de chanter avec moi sur scène s’il avait un texte sur le même thème. Il m’a dit qu’il n’en avait pas, mais qu’il se débrouillerait Le lendemain, il vient me voir en me disant qu’il a un texte, il l’avait écrit dans la nuit. Quand il a chanté son texte devant moi, il m’a réellement surpris, il me faisait penser à moi à cet âge. Il avait déjà la passion, l’envie et ce coté travailleur. Voila comment notre relation a commencé, après on a fait des dates ensemble, des morceaux ensemble… Je suis super content de voir que son premier album marche très bien, c’est un très bon album qui restera dans le temps.

Justement, ton premier album « Mozaik kreyol » a connu un véritable succès, il a ouvert l’horizon du reggae francophone, et il a permis à beaucoup d’artistes de voir le jour…
Merci… (sourire gêné). Je suis très fier de cet album, on ne pensait pas qu’il aurait autant de succès. On a fait l’album avec nos moyens, Don Miguel est mon producteur depuis toujours. On me parle encore de cet album, c’est important car c’est un album authentique.

Comment travailles-tu à la conception d’un album ?
Je commence par faire la matière, la base, je compose moi-même, parfois en coproduction avec d’autres compositeurs, on m’envois aussi beaucoup de sons. Parfois je trouve les paroles avant, donc j’essaye de construire la musique qui va avec. Là je prépare mon prochain album, toujours avec Don Miguel, c’est un ami, on ne change pas un équipe qui gagne. Quand on a signé chez Universal, on n’a pas eu à faire trop de concession, ils ont adhéré tout de suite aux morceaux qu’on leur a présentés. En plus, le premier single était en créole, ce qui prouve leur volonté de ne pas bafouer mon identité.

Tu parles souvent de la vie dans le ghetto dans tes textes, quelles différences vois-tu entre le ghetto antillais et le ghetto métropolitain?
Tous les ghettos sont pareils. Ici c’est les tours, en Guadeloupe c’est les petites cases, il n’y a que l’architecture qui change. On y retrouve les même gens, la même classe sociale, les mêmes problèmes…
On pourrait penser que c’est plus difficile de vivre dans les ghettos en Guadeloupe mais ici il y a le climat, et des gens qui meurt de froid parce qu’ils ne peuvent pas se loger. Le logement coûtent beaucoup plus cher en métropole et même les familles qui travaillent on du mal à se loger, ou a tenir jusqu’à la fin du mois. Quand j’ai fait le morceau avec Diam’s, j’avais la volonté de montrer que tu viennes de n’importe quel ghetto, c’est la même. Je me souviens que lors de mon enfance j’étais souvent monté du doigt du fait que je sois des ghettos, les gens avaient une mauvaise image. Maintenant en Guadeloupe la drogue c’est un peu banaliser et on la retrouve partout. A cause de l’influence américaine, le ghetto c’est élargie, car ghetto, c’est une mentalité, une façon de vivre et de penser.

Tu as été élu personnalité de l’année en Guadeloupe, te sens tu une responsabilité vis-à-vis de ton public ?
Oui évidemment a partir du moment où des gens t’écoutent, tu les influences forcément donc il faut faire attention et ne pas dire n’importe quoi. Ce n’est pas facile a porter comme responsabilité, mais je l’endosse avec plaisir, des gens comptent sur moi pour faire passer des messages. Je n’essaye pas de dire ceci ou cela pour faire de l’argent, je reste moi-même. Les gens le savent et me respectent pour ça, je dois donc leur rendre la confiance qu’ils m’accordent.

Est-ce que tu as des connections en Jamaïque, et Est-ce que tu as des morceaux qui tournent la bas ?
Déjà dans mon band, mon guitariste et mon bassiste sont Jamaïcains. Avant j’y suis allé souvent avec Karukera sound system, pour faire des dubplates. Ils nous connaissent, ils savent ce que l’ont fait mais après que les morceaux passent la bas c’est autre chose. Mais se serait bien, j’aimerais m’élargir au maximum.

Tu pourrais donc faire un morceau en patois ?
Non, c’est différent, il faut d’abord bien parler patois, même si je me débrouille. Il faut aussi garder son identité et son authenticité. La langue n’est pas une barrière pour moi, je ne veux pas être faux, donc je préférerais pouvoir passer les frontières avec mon créole et mon français. Après je fais parfois quelques phrases en anglais, mais pas un morceau entier.

Nous avons appris que tu avais deux enfants, deux jumeaux, n’est-il pas difficile de conjuguer ta vie d’artiste et ta vie de famille ?
On est obliger de concilier les deux, c’est une véritable organisation à mettre en place. C’est d’autant plus difficile que ma femme travaille aussi avec moi sur les tournées. Il nous arrive alors d’avoir quelques problèmes de logistiques, par exemple sur le nombre de couchette à prévoir (rires). Comme mes enfants sont encore trop jeunes pour aller à l’école, j’en profite dès que possible pour les amener avec moi en tournée. Quand ils seront scolariser cela sera plus difficile, je serai obliger de partir seul et ma femme devra rester auprès d’eux.

Depuis quelques temps tu portes des vêtements estampillés « WOK », d’où vient cette marque ?
C’est une ligne de vêtements que je vais sortir en 2008. Nous avons déjà fait un défilé pour présenter la marque lors de notre dernier concert au Bataclan. C’est une marque pour tout le monde, pas seulement du street wear, il y aura une collection pour femmes, hommes et enfants. C’est une marque mais surtout une mentalité. En effet le nom provient de « solide comme un wok » (« rock « en créole). Cette devise est universelle, on veut que les gens qui portent du Wok aient la mentalité Wok line : la positivité, la solidité, l’envie d’aller loin, l’humilité … bref toutes les valeurs que j’essaie d’exprimer dans mes chansons. Cette idée de lancer une marque est venu de mes admirateurs qui souhaitaient que je créé ma propre ligne de vêtements. Mais nous n’avons pas voulu seulement en faire un commerce, mais plutôt y associer une philosophie.

Sur le net :
admiralt-lesite.artistes.universalmusic.fr
www.myspace.com/97admiralt
www.wokline.com

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